Une indépendance au goût amer

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Le 4 février 1948, après avoir vécu sous plusieurs royaumes tamils et cinghalais, ainsi que sous trois régimes coloniaux, l’île d’Illangai acquiert son indépendance. D’intenses tractations politiques vont permettre l’émergence d’un gouvernement de coalition qui voit au pouvoir l’UNP (United National Party, parti de centre) avec le soutien du Sinhala Maha Sabha (parti de la droite nationaliste devenu par la suite le SLFP) ainsi que du Tamil Congress.

Les tensions ethniques commencent toutefois à prendre une importance non-négligeable. Ainsi l’influente population cinghalaise de Kandy demande le renvoi de centaine de milliers de Tamil·es d’origine indienne, préalablement amené·es par les colons anglais pour travailler dans les champs de thé. En effet, la présence de près d’un million de Tamil·es indien·nes signifiait la défaite politique certaine pour les leaders politiques cinghalais de la région. En 1949, la décision d’un renvoi massif de ces travailleurs devient effective. Même si une partie des politicien·nes tamil·es ont suivi cette décision, ce moment va marquer un point charnier dans la dégradation de la situation des Tamil·es.

En 1956, le Sénat est aboli et le cinghalais devient l’unique langue officielle du pays alors que le tamil devient langue secondaire. Dans la lignée des événements, le Sinhala Only Act précise le rôle des langues dans le pays. Ainsi, il est dit que le cinghalais est non seulement langue officielle, mais doit être utilisée à ce titre « de façon première dans tous les domaines de l’éducation et du commerce ». Une large partie des expatriés et des Burghers vont quitter le pays à ce moment-là. Le virage pris par les extrémistes cinghalais s’explique en partie par la mort de D. S. Senanayake en 1952… Les leaders cinghalais·es qui sont arrivé·es au pouvoir par la suite n’avait pas le même désir de garder une saine unité ethnique au sein du pays.

En utilisant le principe du Satyagraha, les leaders politiques tamil·es appellent la population tamile à protester face à la dégradation du rôle politique, culturelle et économique exercé par cette communauté. Sous cette pression, en 1957, le pacte Bandaranaike-Chelvanayakam instaure la langue tamile comme langue administrative dans les régions Nord et Est du Sri Lanka. Mais les nationalistes cinghalais·es et le clergé bouddhiste refusent catégoriquement cette concession et sous leur pression, l’acte sera immédiatement retiré.

Le 22 mai 1958 marque le début du premier pogrom anti-tamil de l’histoire du Sri-Lanka. Commençant par des attaques ciblés dans les trains du pays, il va s’étendre aux plantations de canne à sucre de Polonnaruwa pour finir par ravager le pays dans son entier. En 5 jours, près de 1500 Tamil·es [Source : Tribunal Populaire sur le Sri-Lanka] vont périr sous les machettes et couteaux des nationalistes cinghalais·es.

Malheureusement, cet épisode sera le début de la lente descente aux enfers de la population tamile du Sri-Lanka. 1977 et 1983 seront les deux autres pogroms anti-tamil·es, faisant près de 5000 morts sur des durées extrêmement courtes. Avec les massacres du Black July de 1983 débute la guerre civile la plus dévastatrice d’Asie du Sud-Est, sur laquelle nous ne reviendrons pas ici.

L’attaque systématique de l’identité culturelle tamile est devenue au fil des années une marque de fabrique des différents régimes gouvernementaux. Le clergé bouddhiste nationaliste, connu pour être d’un racisme sans bornes, n’a jamais permis la possibilité de voir émerger une alternative viable permettant une cohabitation dans un pays multi-ethnique, basée sur le respect et la compréhension de l’autre. Ainsi la fin de la guerre en 2009, qui est célébrée comme une victoire sans conteste sur le terrorisme, est pour la population tamile l’empreinte du rouleau compresseur nationaliste cinghalais.

Dans un contexte où l’évidence de l’existence de plans de colonisation n’est qu’une question d’années, où la construction des temples bouddhistes dans les territoires tamils se fait à grande vitesse, où l’armée est présente massivement dans le nord, où l’histoire tamile tend à être minimisé voire détruire entièrement, avec quel visage pourrions-nous célébrer les couleurs de ce régime oppressif ?

Source de l’image: https://srilankanewslive.com/news/sri-lanka/item/5265-black-flag-protest-in-vavuniya

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