Les plaies ouvertes du génocide tamil

0

Il y a tout juste 10 ans, l’armée sri-lankaise déclarait en grande pompe sa victoire totale sur le mouvement de libération des Tigres Tamils. Mettant un terme à plus de 30 ans de lutte armée, c’était une étape clé dans la supposée unification et pacification de l’île.

Toutefois, tant dans le déroulement de cette guerre que dans les épisodes qui ont suivis, la classe dirigeante du pays et l’armée ne se sont jamais comportés dans une volonté de protection et d’intégration des minorités. Bombardant allégrement des positions civiles avérées tels que les écoles et les hôpitaux, la population tamile a vécu un cauchemar durant les deux années de carnage de la dernière guerre. Sous prétexte de venir à bout du terrorisme, l’armée sri-lankaise a avancé tel un bulldozer, crachant sans ménagement sur les Conventions de Genève et tous les principes de protection de la population civile. Les fameuses « No Fire Zone » – espaces géographique délimités censés ne pas subir d’attaques terrestres et aériennes – que la population civile tamile était invitée à rejoindre, se sont vus systématiquement bombardées aussi bien par des attaques aériennes des Kfirs que par les tirs massifs de mortiers.

La période post-2009 n’a montré par ailleurs aucun changement politique de la part du gouvernement de Colombo. Les stigmates de la guerre encore à vif, nous avons assisté à une inquiétante recrudescence de la surveillance armée dans les anciens territoires tamils sous contrôle de la rébellion. Allant complètement à l’opposé d’une volonté de réconciliation, le gouvernement, poussé par les franges radicales bouddhistes, s’est engagé sur la voie de la marginalisation des cultures minoritaires du pays. Une réforme constitutionnelle dans le but de mieux protéger ces minorités et permettre la mise en place d’un statut autonome particulier pour les provinces du Nord et de l’Est reste pour l’instant lettre morte. A contrario, il semblerait même y avoir une volonté de mettre un terme à la continuité géographique tamile entre ces deux provinces. En effet, adoptant une politique d’émiettement territorial comparable à celle pratiquée par l’Etat d’Israël sur les territoires occupés de Palestine, une colonisation active bouddhisto-cingalaise s’observe sur le terrain. Que ce soit la construction de temples bouddhistes à travers les territoires tamils shivaïtes et chrétiens ou l’aide à l’installation des familles de militaires cinghalais, les plus hautes autorités du pays semblent avoir sciemment choisi de continuer l’oppression qui a mené à la guerre civile. Profitant du tragique attentat de Pâques, une intensification de la militarisation par le biais de la PTA (Prevention of Terrorism Act), outil de contrôle politique qui n’a nullement servi à prévenir ces attentats, est même à noter.

Ellie Wiesel, déporté juif et Prix Nobel de la Paix déclarait que le bourreau tue toujours deux fois, la seconde fois par l’oubli. Il est de notre devoir de continuer à nous souvenir des plus de 70’000 vies qui ont été abrégé par l’obstination d’un gouvernement chauviniste qui voulait mettre un terme aux désirs de liberté d’un peuple. Rappelons aussi que le sort de 146’679 personnes recensées dans aucune statistique officielle reste toujours suspendu aux jactations du gouvernement.

Nous devons aujourd’hui continuer à élever nos voix pour que le massacre de la population tamile soit reconnu en tant que génocide et que les institutions internationales s’accordent aussi bien sur la gravité des actes commis durant ce conflit, que sur la situation actuelle déplorable des minorités. Loin semble le temps où le drapeau sri-lankais, d’une violence symbolique inégale, pourra représenter la population tamile.

S.Sabaratnam

Share.

Comments are closed.